Contributed by THE ONE SHOT MI
"Quand je reviens de voyage, quoique ayant songé à lui bien souvent dans mes heures de mauvaise humeur et de faim d'autrui, je suis d'abord quelque temps à coqueter avec mon désir, n'allant pas directement à lui, ni même le regardant.
Après des dizaines et des dizaines de minutes seulement, après avoir lancé un coup d'oeil comme à demi indifférent, et découvert avec flegme puis refermé l'instrument, tout à coup de désir plein, trop longtemps retenu, je m'y jette, je m'y rue (n'ayant pas depuis lontemps un piano, je dois avoir encore la peur de le perdre et de ne plus en avoir jamais), cette fois je ne me retiens ni des doigts ni du coeur, je m'y allonge par dessus les touches d'où émane la nappe sonore, je m'y trempe, je m'y masse, je m'y dénoue et m'y noie.
Cette fois, c'est bien le retour."
Michaux, Passages, 1950, Gallimard (nouvelle édition de 1963)
Il y a quelques mois déjà, j'écrivais ceci : Se réapprivoiser. Sentiments et comportement toujours autant partagés depuis l'âge de mes... deux ans ?
Je crois que j'ai dû naître dans l'antre d'un piano.
En bande son, un rush d'impro de nos retrouvailles, tant de chantiers ouverts qui à la fois m'exaltent et me désespèrent.
Photographie : Paris, Mai 2007