Contributed by THE ONE SHOT MI
« Là où l'imaginaire est le plus fort c'est entre l'homme et la femme. C'est là où ils sont séparés par une frigidité dont la femme se réclame de plus en plus et qui terrasse l'homme qui la désire. La femme elle-même, la plupart du temps, ne sait pas ce qu'est ce mal qui la prive de désir. Elle ne sait pas, beaucoup plus souvent qu'on le croit, ce qu'est le désir, comment il se présente à la femme, elle croit qu'il y a des choses à faire pour qu'elle ressente à son tour comme certaines autres femmes. Il n'y a rien à dire sur ce point sauf ceci : c'est que là où on croit que l'imaginaire est absent, c'est là qu'il est le plus fort. C'est la frigidité.
La frigidité c'est l'imaginaire du désir par cette femme qui ne désire pas l'homme qui se propose à elle. Cette frigidité est celle du désir de la femme pour un homme qui n'est pas encore venu à elle, qu'elle ignore encore. La femme est fidèle à cet inconnu avant même que de lui appartenir. La frigidité c'est le non-désir de ce qui n'est pas cet homme. La fin de la frigidité est une notion imprévisible, illimitée qu'aucun homme ne peut tout à fait rejoindre. C'est le désir que la femme n'a que pour son amant. Quel qu'il soit, (…) cet homme sera l'amant de la femme si c'est pour lui qu'elle éprouve du désir. La vocation à un seul être au monde, incontrôlable, elle est féminine. Il arrive qu'entre amants, dans l'hétérosexualité, le désir soit de même attaché à la personne, que l'homme de même que la femme devienne frigide, impuissant s'il change de compagne mais c'est beaucoup plus rare. Même si ce sont là des notions radicales, désespérantes, ce sont celles qui s'approchent le plus de la vérité. [...]
Là où nous sommes atteintes par le désir de notre amant, c'est dans cette cavité du vagin qui résonne comme un creux dans notre corps. Un endroit duquel la verge de notre amant est absente. Nous ne pouvons pas nous tromper sur cet amant. C'est-à-dire que nous ne pouvons pas imaginer une verge étrangère dans cet endroit qui a été fait pour un seul homme, celui qui est notre amant. Quand un homme étranger nous touche, nous crions de dégoût. Nous possédons notre amant comme lui nous possède. Nous nous possédons. Le lieu de cette possession est le lieu de l'absolue subjectivité. C'est là que notre amant nous assène les coups les plus forts que nous le supplions de donner pour qu'ils se répandent en écho dans tout notre corps, dans notre tête qui se vide. C'est là que nous voulons mourir. »Duras, « Les hommes » in La Vie matérielle (éds. Gallimard, Folio n°2623, pp. 43-46)
Je me dis qu'à force de lire, je finirais bien par écrire.
Je me dis aussi qu'il faudrait que j'arrête ce genre de lectures, qu'alors peut-être, je n'aurais plus cette boule au ventre.